Chez Suzanne

Publié le par Muriel Bayet

C’est une petite maison de bourg, à l’angle de deux ruelles, face à l’église de Penmarc’h…

Le dimanche, on se bouscule dans la petite pièce sombre du rez-de-chaussée : on y achète son pain après la messe, et parfois quelques courses de dépannage, carottes, choux, poireaux pour une bonne soupe ; les enfants lorgnent sur le comptoir où trônent sucettes et roudoudous à côté de l’antique caisse, tandis que dans la pièce d'à-côté, certains prennent un petit verre…

Chez Suzanne flotte une odeur de pain mêlée aux arômes verts des légumes serrés dans les cagettes à même le sol ; on perçoit aussi, parfois, la suavité du sol fraîchement nettoyé…

Mais Suzanne n’est plus depuis longtemps déjà, et la maisonnette, restée dans l’oubli des années qui passent, s’est refait récemment une nouvelle jeunesse. Débarrassée des cloisons de son rez-de-chaussée, on a badigeonné de blanc tous les murs, laissé à nu le ciment gris clair du sol…. La lumière passe et traverse, éclaire, réchauffe l’espace qui paraît plus grand. Dans le fond, à droite, la cuisine est restée ; un peu de vaisselle ancienne sèche sur l’égouttoir et donne l’impression que Suzanne va descendre… D’ailleurs, le petit escalier de bois qui monte aux étages montre clairement que l’espace y est privé…

« Chez Suzanne », on n’y vend désormais plus de pain ; l’espace est réservé à l’art, et les Beaux-Arts de Quimper ont profité de l’aubaine pour y accrocher la toute première expo ; encres, acryliques, pastels, aquarelles, dessins à la plume ou au stylo, tout y est croqué, de Suzanne aux multiples visages jusqu’à ses pains, plus vrais que nature, ainsi que les carottes, radis, poireaux,… Au centre de la pièce, un petit bureau d’écolier, deux chaises, un cahier, et une publicité pour des friandises…

Un doux sourire flotte à travers la pièce, une bienveillance, un « bienvenue chez moi »… Chez Suzanne, on s’y sent bien ; et l’expo est charmante : courez-y !

Publié dans Chroniques

Commenter cet article