Maroc 2013

Publié par Muriel Bayet

Maroc… On prononce le mot et aussitôt surgissent des images-clichés : pisé rouge-orangé, souks toniques et multicolores, ânes, carrioles, burnous, lumière, ciel bleu, soleil…

La réunion du 28 août 2013 chez Charles Kerivel, a fait grandir l’envie de ce voyage coloré où aquarelles et carnets de voyage seront à l’honneur pendant tout le circuit...

On se régale devant ceux de Charles… Gros feutres, aquarelle, mine de plomb… Aïe ! C’est un vrai challenge que d’espérer se hisser à sa hauteur !

2 octobre 2013, Marrakech

Nous sommes partis 4 jours avant le groupe. Envie d’être seuls pour le premier contact. On nous récupère à l’aéroport. Taxi jusqu’à l’entrée de la médina ; mobylettes, motos, cyclos, charrettes tirées par des ânes, par des chevaux, par des hommes, piétons qui traversent de manière anarchique… La conduite ici est tout en « évitement »… Je suis bien contente de ne pas être au volant !

A l’entrée de la Médina, les voitures ne circulent plus ; les ruelles sont trop étroites, sans compter les échoppes qui débordent sur les pavés, les marchands ambulants, les mendiants...

Un porteur prend nos bagages dans sa charrette et nous conduit jusqu’à l’hôtel, en plein cœur de la Médina…

Notre hôtel, le Riad Jnane Mogador, est dans le style du pays ; zelliges, ouvertures mauresques, grilles ajourées, fontaine en patio, … chambre « tout confort », avec à peine la place de poser sa valise, une télé des années 50 (mais ça, vu mon addiction à la télé, je m’en fiche !), une salle d’eau privative en mouchoir de poche, mais une terrasse panoramique où prendre le petit-déj, et tout ça, en plein cœur de la Médina et, preuve de la modernité du lieu, le wi-fi en libre-service. Surprenant au premier abord (la taille de la chambre), mais bon, sympa tout de même…

Valises déposées à l’hôtel, nous partons flâner place Jemaa-el-Fna…

Premières impressions marocaines. Tambourins et flûtes. Serpents dressés ; marchands ambulants, marché, oranges pressées… Et aussi, les charrettes, les ânes, les hommes en djellaba et babouches, calotte sur le crâne, les porteurs d’eau et leur drôle de chapeau à pampilles, habit rouge et clochette à la main, timbales de cuivre accrochées à leurs larges bretelles, …

Femmes en habit traditionnel, cheveux rangés sous le foulard serré, sur-robe informe ; beaucoup sont voilées ; totalement ; voile noir en coton opaque, épais, tenu par un élastique passé par-dessus le foulard, cachant totalement le visage, ne laissant paraître que partiellement les yeux, parfois rien du tout...

Balade dans les souks, dédale de ruelles entrelacées, tortueuses, tarabiscotées, passages étroits, fourmillement des marchands, des passants, quartier de la dinanderie, de la maroquinerie, babouches, vêtements, sacs, bijoux, théières, babioles, marquèterie… « mais si, Madame, entre, juste un œil, c’est gratuit jusqu’à la caisse ; je te fais un bon prix… Bon, mais tu reviendras ? Je te donne ma carte, chez moi, c’est pas cher, c’est de la belle qualité »...

Musique se mêlant à d’autres musiques, en surimpression, par-dessus les cris des camelots, des bruits de la foule, du cliquetis de la quincaillerie, des tambourins, des flûtes, …

18h00 – Sur la place Jemaa-el-Fna, des restaurants de plein air s’installent, tables aux nappes de papier blanc, grilles « mauresques », cartes et menus aux prix défiant toute concurrence… Au « n°1 » (chaque camelot, chaque restaurant provisoire, a son numéro ; plus facile pour que le touriste s’y retrouve !) ; au n°1, donc, les tables sont presque toutes occupées ; ce ne sont que des touristes, multi-nationalité : le « Routard » est passé par là, l’indiquant comme un « incontournable ». Moi, ça ne me donne pas envie ; d’autres gargotes m’attirent ; ce sera sans doute pour demain.

Plus le temps passe, et plus la place s’anime, se répand en bruit, agitation en tous sens, jeux divers, restauration, montreurs de singes, charmeurs de serpents, vendeurs d’huile d’argan « pure, madame, tu ne peux pas trouver plus pure », dessins au henné dans la paume de la main («pour toi, c’est gratuit ; je te fais gratuit ; marron, ça dure une semaine, noir, deux semaines ; alors si c’est pas aujourd’hui, demain ? Tu viendras me voir, je te ferai un bon prix ; moi, c’est Fatima ; Fatima, tu te souviendras ? Je me mets toujours là !»), diseuses de bonne aventure, les uns interpellant les autres, bruit des motos et cyclos qui se frayent un chemin, zigzagant pour éviter le monde, porteurs à charrette dans un fracas de roues sur les dalles de pierre, garçons essayant d’attirer les chalands… Brouhaha assourdissant, rythmé par les tambourins qui n’ont pas cessé de jouer.

Au milieu de tout ça, imperturbables, les porteurs d’eau agitent leur clochette et distribuent les gobelets d’eau aux marchands installés en plein soleil… Sur un muret, un vieil homme tient sa grosse bouilloire au chaud. Il verse parfois un peu d’eau (du thé ?) dans les tasses qu’on lui tend.

On décide de dîner sur la terrasse de l’hôtel, pour ce soir. Le voyage a été fatigant ; et le décalage horaire, bien que minime (1 heure), a été perturbant : au lieu d’arriver à 14h00, HL, comme prévu, nous ne sommes arrivés qu’à 15h00. Retard ? Que nenni ! L’heure d’hiver, qui devait se mettre en place samedi dernier, ne prendra effet finalement que fin octobre ; un communiqué a averti les Marocains, vendredi soir, qu’ils conserveraient encore l’heure d’été pour presque 1 mois… Du coup, tous les horaires avion sont faux ; il va falloir vérifier notre heure de départ, pour le 20 octobre !

A 20h00, le haut-parleur du minaret tout proche crachote, puis la voix du muezzin se fait entendre, aussitôt suivie par celles des autres minarets…

Marrakech, 3 octobre 2013

Seules les charrettes des vendeurs de jus d'orange pressée stationnent, le matin, sur la place Jemaa-el-Fna. Bien alignées, elles se font face de chaque côté de la place ; quelques montreurs de singes ou charmeurs de serpents, les premiers porteurs d'eau, de rares touristes. Beaucoup de femmes pressées, voilées.... Place des ferblantiers, des dizaines de cigognes nichent sur les murs de la citadelle. Bruit du claquètement des becs, mêlé au bruit sec et retentissant du marteau frappant le fer sur l'enclume.

Beaucoup de marchands d'épices, signalés par des cônes de couleurs vives. Et ce sont des odeurs de menthe, ambre, santal, musc, rose, anis, encens, ...

On traverse par des passages que des locaux nous font (gratuitement !) découvrir, pour arriver à l’ancien quartier juif et berbère, le mellah, quartier des épices, bijoux, ... Ici, tous les prix sont affichés ; ce qui n'empêche pas de marchander.

Visite de la synagogue, puis retour dans les ruelles du quartier juif pour déboucher sur le palais de la Bahia. Zelliges, zelliges... Et dentelle de plâtre, bois décorés, motifs multicolores d'une incroyable finesse, partout, sur les plafonds, les volets intérieurs, ...

On déjeune d'une pastilla et d'un tajine sur une terrasse dominant la place des ferblantiers, les nids de cigognes, les palmiers, les marchandes de bracelets en argent, les diseuses de bonne aventure...

On se rend ensuite aux tombeaux des Saadiens, à l'architecture toujours aussi riche en couleurs, finesse des décors, sculptures-dentelles...

Nous avons beaucoup marché, piétiné ; il fait chaud ; afin de nous délasser, nous tentons le hammam berbère ; un délice ! Dans une petite pièce à la lumière tamisée, les murs de pisé et le sol carrelé sont chauds ; une masseuse jette des seaux d’eau tiède sur le sol, sur les corps… Assis à même le sol, nous nous enduisons de savon noir ; 10 minutes de pause, puis à nouveau la « douche » à grands seaux d’eau, suivie d’un massage corporel, allongé sur le sol, par les grands mouvements vigoureux d’une main armée d’un gant de crin. A nouveau 10 minutes de pause, puis c’est le masque à l’argile verte, du sommet du crâne à la pointe des pieds. Une dernière pause ; une nouvelle douche de seaux d’eau tiède. C’est fini… On en ressort « tout neuf », très détendu, zen…

La place Jemaa-el-Fna, le soir, c’est un fourmillement festif et bruyant, coloré, jeux de lumière, restaurants de plein air, avec leurs joyeux rabatteurs, marchands ambulants de pâtisserie marocaine, encore et toujours les superbes tatouages éphémères sur les mains, sous la lumière crue d’une lampe néon branchée en plein milieu de nulle part, les presseurs d’orange, les ferblantiers, installés dès la nuit tombée, leurs lampes ouvragées aux verres rouge et vert, allumées d’une chandelle, étoiles dans le noir de la nuit qui rampe dans tous les recoins de la place, souks vaguement éclairés d’ampoules jaunes tremblotantes, foultitude de Marocains qui flânent en cette veille de vendredi, enfants de tous âges à leur côté, touristes, rares dans les ruelles des souks, encore et toujours les motos qui se frayent un chemin à travers la foule du souk, une carriole, parfois, tiré par un âne ou par deux chevaux, encombrant tout l’espace, obligeant gens et camelote à se pousser, vaille que vaille, contre les parois des maisons…

Les mouches, de jour comme de nuit, agaçantes, collantes, les danseurs de rue, tambours, tambourins, flûtes et chants à plein poumons, les « griots », racontant une histoire à tiroirs, au milieu d’un cercle de curieux lançant des pièces vers le conteur pour qu’il dise «la suite», enfin, « une » suite !

Place vivante, multiple, riche et pauvre, triste et gaie… Au milieu des camelots et autres vendeurs, les touristes à la bourse bien pleine se détachent comme une bavure parmi les gagne-misère et les nombreux sans-abris.

Marrakech, 4 octobre 2013

Il fait toujours aussi chaud, ici.

Ce matin, nous partons à travers les ruelles tortueuses des souks, en direction des tanneries ; aujourd'hui, les Berbères sont là...

Après de nombreux tours et détours (le plan que nous possédons "oublie" certaines ruelles, croisements, ...), puis des "guides" improvisés et pas forcément souhaités, nous trouvons les bassins dont l'écœurante odeur dissuade de s'attarder trop longtemps ; en fait, la visite est plutôt ultra-rapide et se termine forcément par un tour dans la "coopérative"...

Le plan que nous possédons marque les différents lieux à visiter. Entre autres, le musée de Marrakech, l'école coranique (la medersa), la fontaine "Chroub ou Chrouf"...

Le musée, petit mais bien restauré, présente surtout des œuvres picturales d'artistes d'aujourd'hui, en expositions temporaires.

L'école coranique, elle, est vraiment intéressante, tant par la richesse de son architecture intérieure que par la disposition des pièces et chambres d'étudiants, ...

Trouver la fontaine fut une galère ; sur le plan, encore et toujours, cela semblait vraiment "à deux pas" du musée. Nous avons tourné et retourné en rond, sommes revenus sur nos pas, avons déambulé dans des ruelles d'où nous n'étions pas sûrs de trouver une issue, avant de passer au moins trois fois devant ladite fontaine, sans soupçonner un instant que c'était là l'objet de nos recherches !!! On a bien dû amuser les locaux !!!

Cependant, nous perdre dans des dédales incertains nous a permis d'admirer de superbes portes d'entrées, de flâner dans d'anciens caravansérails plus ou moins retapés, rencontrer des gens férus d'histoire qui ne cherchait pas le pourboire, bref, d'entrer un peu dans la vie coutumière et ordinaire des gens d'ici...

Une douche salvatrice, et nous voilà repartis ; thé à la menthe, couscous à la viande...

Sur la place, ce soir, beaucoup de "groupes" de musique avec "danseuses" ; pour touristes ; vendeurs de beignets, pâtisseries, soupe, haranguent les passants qui flânent, touristes ou locaux. Un restaurant de rue fait griller des merguez ; une épaisse fumée blanche envahit une partie de la place. Vendeurs de lanternes, diseuses de bonne aventure, tatoueuses, vendeurs d'encens, benjoin, santal, musc, argan, mottes de savon noir... Les senteurs se mêlent...

Et toujours le tintamarre des musiques qui se chevauchent, s'entremêlent et s'entrechoquent. Ce soir, les motos et mobylettes ont fait taire leur moteur, poussés à la main par leurs propriétaires qui traversent la place en silence, avec moult précautions : la police est là, qui guette ; il est interdit d'utiliser des engins motorisés sur la place, au milieu de la foule, ainsi que dans les rues fourmillantes des souks...

Samedi 5 octobre 2013

Toujours à Marrakech !

Aujourd'hui, nous visitons les jardins de Majorelle ; havre de paix, presque silence. Quel contraste avec le bruit des moteurs et le vacarme ininterrompu des klaxons !

Le bleu de Majorelle est un bleu profond, tonique, vibrant, servant d'écrin aux plantes grasses et aux bambous..

On passe un peu de temps à dessiner, puis on ressort dans la chaleur moite de la ville nouvelle (38°C sous abri). On rate les souks municipaux, et on s'en retourne vers l'hôtel, en repassant devant la coopérative des artisans où nous sommes allés vérifier les "prix réels" ce matin.

Un tour en salle de massage, histoire de décontracter jambes et dos, très sollicités ces derniers jours, et nous voilà, enduits d'huile que la douche a un peu de mal à évacuer...

C'est ce moment que choisit Charles Kérivel pour se manifester... On papote, on papote ; il corrige les dessins faits cette semaine, raconte "son" Maroc, le programme, les petits changements...

On fait un tour dans l'hôtel qui va nous accueillir à partir de demain : l'hôtel de Foucauld, de l'autre côté de la place Jemma-el-Fna. Il s'agit d'une ancienne synagogue, toute en carrelage local, stuc ciselé, hauts plafonds, longs couloirs décorés... Et des chambres et salles de bain spacieuses !!!

Personnel charmant, salon d'accueil confortable.

Ce soir, nous dînerons tous les quatre, Charles, Mijo, Jacques et moi, dans un restau italien, histoire de changer des tajines et couscous (délicieux !) de notre futur quotidien qui s'annonce !

6 octobre 2013, Marrakech

Pour le plus grand plaisir des taxis et mini-bus des tours opérateurs, la place Jemaa-el-Fna, tôt ce matin, est vide de ses camelots, chalands et marchands d'oranges, dont les charrettes sont bâchées...

Un taxi passe à tout berzingue, transportant un couple à l'aéroport. Soudain, à l'occasion d'un soubresaut, le haillon arrière s'ouvre brutalement, laissant échapper une valise, à la grande joie des quelques gamins qui se trouvaient là ; sifflets ; le taxi s'arrête, pendant que dans une joyeuse bousculade, le plus rapide et plus adroit de tous ramasse la valise et la porte en riant jusqu'au véhicule. Le driver fait claquer son coffre, et c'est reparti...

Pendant que j'accompagne Charles pour accueillir Gisèle qui arrive de Lyon, Jacques négocie avec le propriétaire d'une "carrossa" et transfère ainsi nos bagages jusqu'à notre "hôtel de groupe', l'hôtel de Foucauld.

L'hôtel, je l'ai déjà dit, est une ancienne synagogue. Les zelliges, carreaux, stuc ciselé, sont vraiment sympa, et les chambres et salles de bain sont spacieuses.

Le reste, et bien, force est de constater que c'est ce qu'on appelle un hôtel "de routard". Clim défoncée, coffre-fort à la serrure cassée, porte de salle de bain qui ferme à grand peine, lumière aléatoire, voire quasi inexistante dans le couloir pourtant doté de ces merveilleuses lampes dont les ferblantiers sont si fiers...

Dans notre salle de bain, luxe suprême, nous avons une baignoire... qu'il vaut mieux n'utiliser qu'en douche, vu le trou de la coque, à 5 cm au-dessus du fond... sans parler du W-C bancal, ni du plâtre lépreux qui recouvre les murs...

Quant au pommeau de douche, justement, il a l'extrême avantage de pourvoir à l'arrosage du sol, en simultané avec celui de notre corps. D'où gain de temps !!!

Après un déjeuner marocain chez Chegrouni , on part flâner dans les souks.

Regarder les artisans travailler le fer, le bois, le métal, le stuc... Avec des outils archaïques et rudimentaires, ils transforment le moindre bout de métal ou de cèdre en merveilleux objets d'une finesse incroyable ; et en un temps record ! Nous sommes ébahis...

Dimanche soir - Tout le monde est enfin arrivé. Après un rapide tour de table où chacun se présente, Charles nous explique l'hôtel, le programme, les dessins, l'aquarelle... Il nous montre un de ses anciens carnets de voyage, épuisé, publié autrefois chez Gallimard, et qu'on ne peut plus trouver... Merveilleuses esquisses "de quelques traits", aquarelles qui font rêver... Le Maroc est là, dans les pages qu'il a écrites et colorées...

Le dîner se prend dans le restaurant de l'hôtel, avec une séquence "apéro" en ouverture...

Demain, RV à 8H00 pour un petit-dèj dans la salle commune, avant d'aller, armés de nos carnets, nous frotter à la vie du souk...

7 octobre, Marrakech

Cette première journée passée à dessiner dans les souks, puis peindre à la Koutoubia, fut difficile ! D'autant que parmi nous, une petite moitié a déjà du métier, ce qui est décourageant : impression de piétiner alors que les autres partent pour un Marathon !

Enfin, conseil après conseil, on ne peut que s'améliorer...

La matinée, commencée dès 9h00, s'est terminée à 14h00 par un déjeuner à la "Terrasse des Epices", un délicieux petit restaurant marocain en plein centre d'un souk. Y aller ne fut pas rapide : outre les croquis, Charles connaissant beaucoup de monde et n'étant jamais avare de paroles, on traine, on traine...

Charles aime se rappeler les bons moments, parle de l'un, de l'autre, aux locaux qu'il rencontre devant les échoppes des souks : "tu sais, celui qui est tout noir, là, très maigre... Sa mère tient l'hôtel de... D'ailleurs, tiens, il est mort il y a 2 ou 3 ans...".

C'est devenu un sujet de plaisanterie, Charles et les potes super dont il parle mais qui, tout compte fait, ne font plus partie du monde des vivants... Comme il nous parle d’Essaouira... Une belle ville ; on y fait de superbes aquarelles, etc., etc... Sauf que cette année, le circuit ne passe pas par Essaouira...

On termine la journée par deux heures de peinture à la Koutoubia, inondée de soleil (et de mouches, de toutes petites mouches qui piquent), puis après une rapide douche, tout le monde se retrouve autour d'un verre, commentant la journée, ses difficultés, les dessins et aquarelles...

Demain, demain... On essaiera de faire mieux, mais pas dit que ce soit vraiment possible, le sujet choisi étant le jardin de Majorelle, difficile, difficile...

Marrakech, 8 octobre 2013

C'est notre dernier jour à Marrakech ; enfin, jusqu'au retour où nous y passerons encore une nuit...

La journée a été riche en dessins, aquarelles, ... La matinée dans les jardins de Majorelle, avec ce bleu si spécial, si lumineux, si difficile à traduire, et les innombrables plantes grasses, palmiers divers, caoutchoucs...

Un retour en calèche, la nôtre tirée par de superbes chevaux raflant tous les prix chaque année, déjeuner en terrasse couverte et aérée (au Dar Mima ?), saveurs subtiles, puis à nouveau dans le jardin de la Koutoubia pour peindre Omar, un musicien en tenue, puis un porteur d'eau, prénommé Omar, lui aussi !...

La soirée commence par un pot dans "le salon de l'étage" où les productions de chacun sont présentées et commentées....

Pour le repas de ce soir, une surprise nous attend : le chef nous a cuisiné une pastilla au pigeon, la véritable pastilla, celle des mariages et des fêtes importantes de la vie...

Elle embaume sur son plat rond, et dès que la découpe des parts est commencée, mille parfums délicats s'en dégagent ; en bouche, on savoure le craquant de la croûte dorée au miel et saupoudrée de sucre glace, les épices de la farce à la viande s'entremêlent, cannelle, safran, amandes entières, ... Un délice...

Demain, régime "cocculine" : nous passons presque toute la journée en bus, pour descendre dans le sud ; il va falloir traverser l'Atlas, emprunter "la" route qui serpente hardiment pendant de très longues heures, sans possibilité réelle de s'arrêter "respirer"...

Nous sommes 4 à connaître les désagréments du mal des transports... Il va falloir faire une rotation pour la place avant, qui a l'avantage de freiner le processus nauséeux...

9 octobre 2013 - Marrakech, 9h15

Après avoir casé -avec difficulté- tous les bagages, on arrive à tous s'installer dans le bus. C'est le départ en direction d’Aït Ben Haddou.

Le bus est à l'image du Maroc : il roule, c'est l'essentiel... Les ceintures de sécurité à l'avant, on oublie ; quant à la porte latérale, la seule ouverture où s'engouffre tout le monde, eh bien, elle ne s'ouvre que de l'extérieur.... Pratique, en cas d'urgence !!

"Makaïl mouchkin", nous dit Moncef, notre chauffeur, "pas de problème" !

Nos interrogations le font sourire, tout comme nos frayeurs lorsqu'il se retourne pour parler (la route est étroite et tout en virages), ou qu'il répond tranquillement au téléphone, le tenant d'une main tandis que de l'autre, il tourne le volant en évitant les camions d'en face...

"Je connais la route par cœur, c'est pas d'problèm', makaïl mouchkin !"...

La station-service dans laquelle nous faisons le plein, à Marrakech, avant "le" départ, est légèrement en pente et luisante d'huile répandue. Un âne tirant une lourde charrette s'engage, glisse, se reprend, patine, re-glisse, puis tombe à genoux, se relève... Le charretier le prend par le mors et le soutient, tandis qu'un autre pousse la charrette jusqu'à ce que l'âne soit enfin sur du plat...

Sur la route, beaucoup de moutons, chèvres noires, troupeaux poussés et gardés par des bergers en tenue locale, grand chapeau de paille ou fichu noué.

Les moutons, des "chich kebab sur pattes", comme dit Moncef.

La route est bordée de figuiers de barbarie et de bougainvillées ; enfin, devant les belles maisons ; ailleurs, une sorte de steppe aride et poussiéreuse, "décorée" de sacs poubelle, plastiques, boites vides,...

Et les ânes... Plus on roule vers le sud, plus on trouve d'ânes portant des fagots, des sacs, tirant des charrettes, transportant des hommes. Moncef rit : "c'est le 4X4 berbère !!!"

Les villages à flanc de montagne se fondent dans le paysage : pour construire les maisons carrées au toit plat des kasbahs, la terre, la paille et les pierres ont été directement prélevées sur le site...

Il est midi lorsque nous faisons un arrêt "bananes, pommes et thé à la menthe" à Taddert.

Une demi-heure plus tard, nous repartons. Il faut passer le col du Tichka, à 2260 mètres d'altitude, traverser le ksar Ben Aïou, pour arriver enfin au village d'Agouim, sur la route qui mène à Ouarzazate ; halte d'une dizaine de minutes ; on photographie et dessine les vestiges du vieux village.

Enfin, nous repartons jusqu'à Tisselday, où nous déjeunons dans une très charmante maison d'hôte ; étonnant, tout confort, terrasses multiples, patio, salons, piscine à l'extérieur... On nous sert en terrasse ; auvent de paille tressée, oliviers, poivriers aux baies roses dont nous cueillons quelques grains... L'ombre est agréable, le soleil chaud supportable grâce à un léger vent.

Après un somptueux tagine poulet citron et cardamome, un yaourt maison puis l'incontournable et délicieux thé à la menthe, chacun reprend sa place dans le bus : les "fragiles des virages" à l'avant, les autres, derrière...

Encore un petit arrêt dans le village d'Adighane, où Charles veut retrouver des femmes qu'il a peintes. C'est un village très pauvre, en adobe, perdu loin de tout ; on y accède par un pont de singe. Les gamins, qui ont vu le bus s'arrêter au bord de la route, nous accueillent en riant ; le pont se balance... On se demande s'il va vraiment tenir !

On parcourt rapidement les ruelles étroites ; une vieille femme nous regarde, assise sur un muret de pierre ; quand elle voit nos appareils, elle crie "no photo, no photo !".

Charles arrive, montre à l'un et l'autre les portraits, demande où est la femme qu'il cherche ; méfiance; on ne "sait" pas ; on ne "comprend" pas ; enfin, quelqu'un se décide ; si, si, elle est là, quelque part. Ah, c'est son portrait ! Ah, vous êtes des artistes ? Et oui, on peut faire une photo, la vieille femme et Charles... On mitraille, puis on montre la photo sur le numérique. Eclats de rire "c'est moi, ça ? ". Les autres femmes et les gamins veulent maintenant tous se faire prendre en photo. Enfin, on retrouve la femme du portrait. Elle nous invite à entrer dans sa maison ; très propre, mais vraiment petit ; on arrive à tous se caser ; elle pousse les coussins, nous fait asseoir dans le 'salon', puis va en vitesse nous préparer du thé à la menthe, sort des biscuits maison (qui ressemblent étrangement aux 'zuzumelle" de ma grand-mère Angelina), des amandes (elle était en train de casser les coques des amandes à l'aide de deux grosses pierres, lorsque nous sommes arrivés)...

On prend le thé en vitesse -on est déjà en retard sur l'horaire-, et on file enfin pour nous arrêter à l'hôtel du soir.

Pas le temps de décharger le bus ; les bagages attendront ; on attrape notre matériel peinture-dessin, et on descend, face à la kasbah d’Aït Ben Haddou, inondée du soleil couchant, dorée, belle, émouvante, et on essaie de l'immortaliser avec nos pinceaux...

Maroc, 10 octobre 2013 ...

Et on augmente notre vocabulaire :

- blatti : attend !

- ouara : OK

- laïla saïda : bonne nuit

- le maâlem : celui qui détient le savoir

Levés tôt ce matin, nous nous mettons en position "vue sur la kasbah au lever de soleil", dès 6h30, heure théorique où le soleil devrait jaillir pour éclairer la façade Est. Sol inégal et nuit noire malgré les millions d'étoiles ; nous marchons à petits pas précautionneux, scrutant le sentier afin d'éviter les pierres qui sortent. Enfin, nous arrivons sur la "terrasse". On distingue vaguement une masse ; on suppose que c'est le village...

Une demi-heure plus tard, frissonnant malgré les polaires et grandes écharpes, le jour pâle éclaire enfin le ciel, fait sortir les maisons, les tours, les roches. Mais cela n'offre rien de spectaculaire.

Déçus, nous descendons jusqu'à l'oued d'Aït Ben Haddou et nous sommes sur le point de le traverser, lorsque la lumière dorée se pose sur les façades ; couleur de miel et façades pain d'épices pour celles qui sont dans l'ombre. Le soleil est tout de suite chaud, mais l'ombre reste froide.

Le reste du groupe nous a rejoints. On peint et dessine jusqu'à 9h et demie, puis nous rentrons à l'hôtel prendre un petit-déjeuner sur la terrasse supérieure, face à la kasbah. Pas un nuage, le vent s'est calmé ; temps de rêve...

10h00. On retourne travailler au cœur du village. Certains en profitent pour visiter ; beaucoup de boutiques d'artisanat -l'endroit est classé, et donc couru par les touristes-, des propositions pour visiter les "maisons berbères", ...

Dans une ruelle, la porte ouverte d'une maison laisse entrevoir un second porche donnant sur une cour intérieure, où une chèvre noire, attachée, est en train de brouter la paille posée sur le sol. Je me pose contre le mur d'en face, et je dessine...

Plus haut, Mehdi attend les clients en peignant, à l'ancienne, des cartes postales. Une tasse de thé vert, une tasse de safran (en réalité, du curcuma), des pigments, du sucre. Il jongle avec ces éléments pour peindre le miel du sable (safran + thé vert), le bleu du ciel (indigo), le vert des feuillages (indigo + safran) ; il obtient le brun en ajoutant, à sa couleur sable, du sucre. Lorsque sa peinture est sèche, il passe son papier au-dessus d'un chalumeau : le sucre caramélise, et le brun se forme, tout en répandant une agréable odeur de caramel ! Il semble que ce soit l'ancêtre de l'encre invisible, et que cela servait autrefois pour des messages codés...

Dans la ruelle en contrebas (la kasbah est à flanc de colline), deux jeunes sont assis, grosses pierres à la main : ils cassent noix et amandes. L'un d'eux nous demande si nous venons de Bretagne ; à notre réponse positive, il annonce avec fierté qu'il a participé, l'été dernier, au festival des vieilles charrues, avec le groupe 'Africa Mama', groupe reggae marocain invité à Carhaix...

On part déjeuner à Ouarzazate ; terrasses sympa face à la vieille ville, puis nous décidons de nous rendre directement à l'hôtel et de zapper la séance de travail au cœur de la kasbah.

Direction l'hôtel, "les jardins de Ouarzazate", chez Zaïd. Hôtel grand standing, salons confortables et multiples, chambres et salles de bain jolies, fonctionnelles et très grandes, aux lavabos faits d'une pierre grise dans laquelle se trouvent de grands fossiles, et surtout, surtout, un très grand jardin, et une très grande et profonde piscine...

Nous avons quartier libre jusqu'à 16h30. Nous en profitons pour aller nager et nous prélasser au soleil, sous les multiples bougainvillées blancs, roses, fuchsia, orangés, ...

17h00. Nous sommes reçus à Tifoultoute chez Hassan, un ami de Mijo et Charles ; lui n'est pas encore rentré de son travail, mais nous sommes accueillis par toute la famille, parents, sœurs, tantes, enfants, nièce...

Ce sont des embrassades, puis le thé à la menthe, les gâteaux maison, ...

Hassan arrive, et sa mère met l'habit traditionnel et c'est à nouveau une séance de travail ; nous peignons et dessinons le bébé, le grand-père, la grand-mère...

Deux heures plus tard, nous prenons congé ; de nouvelles effusions, et c'est le retour à l'hôtel.

Dîner sur la terrasse, puis à nouveau une séance de travail, dans un salon de d'accueil, cette fois, avec un musicien joueur de ribabe...

Demain, départ pour la vallée du Dadès.

Dans les gorges du Dadès, 11 octobre 2013

Plus on s'enfonce dans le Sud, et plus on découvre de vieilles kasbahs, isolées, perdues dans le désert de rocaille ou perchées sur un piton rocheux...

Le bus chargé, nous voilà partis pour les Gorges du Dadès.

Route de rocaille. On longe un lac, très grand ; surprenant, au milieu de ce paysage aride où l'érosion des roches met à jour des strates dans des dégradés d'ocre et de rose. Il s'agit du barrage de Mansour el Dhabi (Mansour le Doré), réserve d'eau de Ouarzazate. Nous sommes dans le djebel Saro, la plus grande région montagneuse du Maroc.

C'est un endroit apparemment très prisé : beaucoup de grosses villas sont construites en bordure du lac, chacune ayant son bateau...

Presque parallèlement à la route, des cairns balisent une piste.

Lorsque la végétation se permet d'exister, on trouve d'énormes palmiers dattiers, aux fruits couleur de sable doré.

Nous arrivons à la kasbah d'Amridil ; 1 heure et demie de croquis et aquarelle, pendant laquelle les gamins viennent nous vendre leurs dromadaires en palmier tressé.

On déjeune sur place, dans la cour centrale de la kasbah. C'est chouette ; nous sommes répartis sur 3 tables rondes carrelées, à l'ombre d'un gros dattier dont les fruits, presque mûrs, sont en grappes serrées. Il n'y a personne d'autre que nous ; d'ailleurs, c'est trop petit pour accueillir plus de monde. On déguste avec bonheur une omelette berbère aux herbes et épices, des brochettes de poulet, et un délicieux melon canari mangé "à la berbère", c'est-à-dire, avec le pain parfumé au cumin, cuit sur place, le tout suivi de l'incontournable thé à la menthe...

Les toilettes aussi, sont berbères... Le petit seau posé près du sol, sous un robinet, laissé là en guise de papier et de chasse d'eau, n'incite pas à venir se soulager trop souvent...

On reprend la route de la vallée du Dadès. Petits villages perdus, puits de pierre ronds, palmeraies, montagnes roses, violines, ocres...

Termina : capitale de la rose... On s'y arrête, le temps d'acquérir une eau de rose, et un chèche...

Les maisons nouvellement construites ont une étonnante terrasse de toit : fermée sur les quatre côtés par des murs qui prolongent la maison en hauteur, elles sont agrémentées de fenêtres et moucharabieh, alors qu'elles sont à ciel ouvert.

A cette heure avancée de l'après-midi, les gens sont assis sur le pas de leur porte, face à la route. Beaucoup de femmes en habit coloré, fichu contrasté sur la tête ; on en rencontre sur le bord de la route, assises à même le sol, semblant attendre quelqu'un, quelque chose ; dans les villages, elles sont en groupe, affairées à quelque tâche, quand on ne les croise pas, lourd ballot de palmes sur le dos, tête baissée, dos courbé sous le poids... Les hommes sont eux aussi dehors, tenue blanche, assis sur une chaise ou accroupis, regardant passer les voitures, les cars de touristes, attendant l'heure de la prière à la mosquée...

Au détour d'une route, on aperçoit un campement berbère et son troupeau de chameaux. Charles demande au chauffeur de s'arrêter. Mais les femmes sont méfiantes ; "no photo, no photo !" ; même les dromadaires ne peuvent pas être photographiés ; je dessine une petite fille, accrochée à sa mère qui la tient dans ses bras. Today, c'est son nom ; Charles montre le dessin à la maman ; je demande si je peux la dessiner, elle aussi ; elle me fait comprendre que non.

On s'arrête cette fois sur un bord de route, face à la kasbah d'Aït Ishak. Il est 17h00. Le soleil est encore haut, mais sa chaude lumière renvoie déjà des reflets roux sur les murs de pisée, sur les roches, sur les arbres...

En contrebas, quelques champs où l'on distingue un homme poussant un araire, une profusion de bouleaux argentés, feuillage brillant sous le soleil, quelques palmiers, et les premiers contreforts de la montagne.

Le sol pentu est couvert de gravillons instables. Nicky glisse, tombe, se casse le poignet.

Elle est emmenée à l'hôpital le plus proche, pendant que nous restons sur place, nos pinceaux à la main.

En fait d'hôpital, le bâtiment flambant neuf dont le fronton s'orne, effectivement, d'un "HÔPITAL" en grosses lettres, s'avère n'être qu'un dispensaire où il n'y a ni radio, ni plâtre, ni rien...

Poignet bandé, bien que décalé par rapport au bras, mais maintenu en écharpe par une attelle de fortune, Nicky nous revient, pour une dernière soirée, avant qu'elle ne soit en principe rapatriée sur la France, demain... Car le médecin marocain, correspondant de la France et basé à Marrakech, ne connait pas l'endroit où nous sommes ; il trouve seulement que "c'est loin". Sans doute aurait-il préféré qu'elle se blesse devant son cabinet, cela lui aurait évité de devoir organiser son retour... "Et vous habitez où, en France ? Concarneau ? Et il y a des vols directs, pour Concarneau ?...

Maroc, 12 octobre 2013

En face de l'hôtel restaurant "Kasbah de la Vallée", où nous venons de passer la nuit, la toile de tente "igloo", installée sur le petit parking baptisé pompeusement "camping", est toujours là. Avec le bruit que font tous les bus de passage, on se demande comment ils peuvent se reposer!

8h00. Il fait frais, dans la vallée du Dadés. On supporte bien la polaire !

9h00. Le petit-déjeuner avalé, le bus chargé, on part aquareller. Au volant, Moncef fait le pitre, comme d'habitude !

On s'arrête peu après l'Aït Ouglif, et armés de notre matériel, on descend l'oued à sec. Une ancienne kasbah en ruine nous fait bientôt face, et chacun de choisir un endroit qui l'inspire.

Nous ne sommes pas seuls : de jeunes femmes en habit traditionnel, dentelle de tulle noire passée par-dessus leur robe, font la cueillette des figues ; les fruits, petits, ont séché sur l'arbre ; on goûte et regoûte : c'est délicieux !

D'autres femmes passent, remontant l'oued, pliant sous le poids des ballots de roseaux qu'elles ont coupé et effeuillé avant de les charger sur leur dos ; ballet incessant ; on se demande ce qu'ils en font.

On se salue ; une conversation, basique, s'engage. Elles ne veulent pas être photographiées, c'est clair. Elles le seront tout de même, lorsqu'elles referont le chèche de Jacques et qu'elles me mettront foulard et tulle noir pour une photo souvenir.

On aquarelle, on dessine ; le temps passe et une heure plus tard, les demoiselles sont encore là ; surgit de derrière un talus un jeune homme, Rachid, étudiant en économie à l'université de Marrakech, mais en "vacances" chez lui pour la semaine de la fête du mouton. Rachid a 24 ans, parle un très bon français ; avec sa houe sur l'épaule, il nous explique que, pour qu'un homme soit 'complet', il doit avoir le savoir, la santé de l'esprit et la celle du corps. C'est ainsi que lorsqu'il n'est pas en cours, il passe à l'agriculture. Et ici, pas de machines sophistiquées ; tout se fait à la main.

On fait un portrait rapide, et il nous donne son adresse Facebook pour qu'on lui envoie des photos...

11h00. On repart ; il faut emmener Nicky à l'hôpital de Tinghir où elle doit passer des radios.

Le bus file sur la route ; comme la veille, on passe devant les strates étranges qui jalonnent la montagne, et les concrétions violines en 'doigt de singe'.

Bomane. On n'a pas le temps de s'arrêter ; il y a beaucoup de monde, pas de touristes ; les souks sont ouverts, et les gens du cru font leur marché. Cela fourmille de monde !

Sur la plaine désertique couverte d'amas pierreux, galets et cailloux de toutes sortes, poussent de rares touffes herbeuses ; quelques tentes berbères, plantées çà et là, et nombreux troupeaux de chèvres noires et de moutons blancs, gardés par un berger - ou une bergère, avec un chien.

On passe devant une école, à l'heure de la sortie ; les petites filles portent toutes un foulard sur la tête, de couleur vive.

Dans un coin, des femmes accroupies au bord d'un lavoir à même le sol, lavent et battent le linge. On en croisera d'autres plus loin, en groupe, au bord d'un oued où l'eau coule, claire, à faire leur lessive à grands coups de battoir.

Arrêt éclair à Timécide, le temps de faire quelques pas à l'entrée de la kasbah, devant le cimetière.

Un cimetière, ici, c'est un champ de terre mêlé de pierres, délimité par d'autres pierres un peu plus grosses ; les tombes sont signalées par un léger monticule du mélange terre-cailloux, avec une grosse pierre anonyme plantée à chaque bout. Et comme partout ailleurs, des sacs plastique, qui traînent ici et là .

Quelques kilomètres avant Tinghir, la route se transforme soudain en piste de terre sèche couverte d'une poussière, rouge, collante, s'infiltrant partout. D'énormes chantiers de part et d'autre ; on construit, ici ; une ville nouvelle bâtie en plein désert : immeubles, grosses villas, bâtiments officiels... Impressionnant !...

Tinghir. On double des véhicules qui se rendent probablement aux puces locales... Empilement de vélos sur le toit d'une voiture, un homme et des sacs sur un autre toit, puis un véhicule transportant 4 micro-ondes attachés avec des ficelles ...

Pendant que Nicky est à l'hôpital de Tinghir, nous flânons sur le marché local ; on y achète des dattes, succulentes, fraîches, mures à point. Un régal !

L'après-midi est déjà bien entamé lorsque nous arrivons dans les gorges du Draâ ; nous avons récupéré Nicky, qui ne sera rapatriée que demain ; il sera plus que temps, vu l'angle curieux que sa main forme avec son bras...

Ici, les femmes sont en tenue claire, et leur tulle de dentelle est blanc brillant...

Tout le monde est un peu fatigué ; au lieu d'aller se disperser dans le village, on reste travailler à l'hôtel, une maison d'hôte vraiment sympa, le Dar ar Your, à l'entrée des gorges du Todra.

Multiples terrasses à différents étages, salons colorés, ... La maison d'hôte est au fond d'une ruelle ; de l'extérieur, vu du village, cela paraît minuscule ; en fait, entre tous les coins et recoins, ajouts, escaliers qui montent sur la terrasse de toit, marches étroites qui descendent jusqu'à la rivière, en contrebas de la colline, et donnant accès à d'autres parties de cette maison biscornue, on se croirait au cœur même d'une kasbah, tant il est difficile de repérer où sont logés les uns et les autres !

Un thé à la menthe nous est servi sur la terrasse de toit ; d'ici, face aux montagnes de pierre illuminées par le soleil du soir, on domine une partie de la vallée ; le son clair de la rivière qui coule en bas ajoute une note joyeuse à l'endroit ; un hibiscus rouge étale une corolle délicate, majestueusement tournée vers la lumière.

Sous le salon en "tente berbère" de la terrasse, on s'installe. Charles nous rejoint bientôt, et nous enchante avec une aquarelle-démonstration, un "pas-à-pas" basé sur le travail du matin. Il ne lui faut qu'une heure pour l'achever... On mitraille ; une centaine de photos, des notes, ... Cela semble si facile, si évident...

Demain, dans les gorges du Todra, on essayera de mettre la leçon en application !

Maroc, 13 octobre 2013

Nous sommes arrivés dans le riad qui va nous accueillir pour les deux nuits à venir. Au pied des dunes de sable de Merzouga.

Le temps de poser les valises, le soleil rosit les dunes, le ciel flamboie, le sable devient orange vif... période "fauve" !...

On va faire 'relâche' ici ; demain, peindre les dunes, flâner, rattraper le retard des dessins en attente sur le petit carnet de croquis, nager, peut-être (il y a une piscine dans l'une des cours intérieures), balade à dos de dromadaire pour les courageux, ...

Lieu magique, féérique ; on se sent appartenir aux mille et une nuits...

Après l'aquarelle au lever de soleil, ce matin, à l'entrée des gorges de Todra, nous avons pris la route du Sud.

Nombreux troupeaux de chèvres noires, moutons, dromadaires. On s'arrête en bord de route, vers des bergers qui tirent l'eau d'un puits, en plein milieu d'une 'morne plaine' caillouteuse. Des chèvres en quantité ; on fait quelques croquis, mais les vilaines ne gardent pas la pause !

L'un des bergers n'a que 10 ans. Les filles se cachent le visage, tournent le dos, puis demandent de l'argent. Ici, on monnaie tout...

Tout le long de la route, sur des centaines de kilomètres, de petits cairns peints en blanc sont disposés à distance régulière ; le bas des poteaux électriques, le bas des arbres, ... tout est blanc ! Et à flanc de montagne, encore et toujours, en grosses lettres blanches, en arabe, bien sûr, "Dieu, la nation, le Roi". Et des drapeaux, des banderoles, tissu rouge vif au centre duquel une étoile verte se détache...

Moncef explique que le Roi Mohammed VI va passer par là dans deux semaines, après la fête du mouton...

Le paysage est triste ; mines d'argent, de cuivre...

Puis c'est le désert de Khetara ; ici, de drôles de dômes de sable sont disposés à intervalles réguliers : il s'agit de puits d'eau saumâtre, creusés depuis le moyen-âge, et reliés entre eux, sur des centaines de kilomètres, par des canaux souterrains qui servent à irriguer la plaine.

On traverse des villages ; femmes en burka noire sur des vêtements aux couleurs vives.

15h00. Arrêt pause-thé (et en-cas pour les plus affamés) à Erfoud ; il fait vraiment très chaud ; la poussière mêlée à la sueur nous colle à la peau ; on a une impression de papier tue-mouche...

Charles et Patrick profitent de la pause et de mon calepin pour se mettre en boîte par dessins humoristiques interposés. C'est très drôle et la troupe est d'humeur joyeuse.

Quelques kilomètres plus loin, à Maamid, on fait un stop pour parcourir les ruelles plus ou moins en ruines, bien qu'habitées en grande partie, de la très vieille kasbah. Le mellah n'est pas visitable : il menace de s'écrouler.

Les ruelles sont plus qu'étroites, très sombres ; et ça pue ; parfois, une porte ouverte sur une palmeraie donne de la lumière ; des hommes et des femmes rentrent, chargés de grappes de dattes sèches – hummmm !

Les murs en torchis mesurent plus de 1m50 d'épaisseur. La fraîcheur est ainsi conservée...

Les femmes, ici, portent des voiles noirs intégraux ; même les bébés, portés sur leur dos, sont pris sous la burka !

Siji el Massar : ancien nœud commercial des caravanes qui venaient du Sud et du Nord, au moyen Âge. Détruite au XIX° à la fois par les tribus Berbères guerrières El Tata et par un tremblement de terre, il n'en reste qu'une porte et quelques ruines.

Porte de Bessaoui ; on n'a plus le temps de faire une halte ; dommage, le dimanche, il y a le souk aux ânes !

On arrive maintenant aux dunes de sable ; le désert...

Nous sommes à Merzouga ; 6 km de piste pour rejoindre l'hôtel ; on a le temps d'admirer les ombres dessinées sur le sable, comprendre les plis du terrain...

Merzouga, 14 octobre

Depuis que nous sommes dans le Sud, ambiance Berbère un peu partout : murs de torchis nus, ou recouverts de quelques kilim, tapis multiples au sol, coussins, beaucoup de coussins ; et toujours, des tissages avec une dominance de rouge flamboyant. C'est superbe !

Faisant partie de l'ambiance Berbère, on trouve aussi les toilettes, peu pratiques, l'électricité, coupée du matin au soir, la nonchalance 'inch allah', l'heure aléatoire, la cuisine, délicieuse mais aux recettes limitées...

Turbans sur la tête des hommes, femmes très couvertes... Et sourire et gentillesse un peu partout.

Aujourd'hui, jour de relâche, nous sommes restés en vacances sur le lieu magique qu'est l'hôtel de dunes de Merzouga.

Profiter de la piscine, travailler un peu, beaucoup, et même, passionnément (même si les résultats se font attendre !), enregistrer un nouveau "pas à pas" de Charles, qui nous dessine et peint la porte de Siji el Massa (XIII°), vue la veille, en ajoutant toute une foule de personnages, dromadaires, ânes... Aquarelle terminée en une heure !

Rencontre avec des vacanciers américains, qui deviennent des fans de Charles.

Et terminer la journée par une balade sur les dunes, à dos de dromadaire ; 11 bêtes et 3 chameliers ; 1/2 heure pour aller sur une crête, attendre que le soleil se couche, puis rentrer, autre demi-heure pendant laquelle un rai de ciel rouge feu accentue le noir des ombres et des silhouettes de la caravane... Une carte de vœux, période Noël !

Les dunes, ici, c'est un sable ultra fin couleur safran, des ombres violettes à noires, des arêtes pointues, des traces de pattes, des montées et de brusques descentes, un sable brûlant sous le soleil, glacé dans les creux d'ombre... C'est beau ; de jour comme à la tombée de la nuit, c'est beau...

Escalader le dromadaire, pas facile ; il faut être souple, et hummm !... Puis se positionner, fesses en avant, assis sur le bas du dos, penchés en arrière pour aborder les descentes sans chuter, se tenir éventuellement ou tout lâcher pour faire des photos, prendre le rythme de balancier, s'accrocher pour rester en selle tant que le dromadaire ne s'est pas assis... Et attendre, avant de remonter, que le chamelier nous y invite, tous du même côté, un par un, pour éviter de se faire déséquilibrer... Mésaventure arrivée à notre Basque, Brigitte, apparemment sans gravité !

Dernier repas dans le patio, avec un apéritif "toasts au foie gras" préparés par Charles et Mijo pendant notre escapade sur les dunes, musiciens au tambour et castagnettes (instruments d'ici, pas d'Espagne !), quelques pas de danse avec les Berbères, et c'est l'heure de ranger...

Demain, longue journée de route.

Zagora, 15 octobre 2013

Partis vers 9 heures ce matin, en toute confiance dans notre bus grâce aux instructions de Mayalen, notre hôtesse d'un jour, on fait un premier arrêt à Rissani, pour visiter la mosquée ; très beaux zelliges, et bel accompagnement d'un gardien-guide ; il nous explique que pour les musulmans, purifier l'esprit et le cœur, comme les chrétiens, ça ne suffit pas ; il faut aussi purifier le corps, c'est pourquoi il est obligatoire de faire des ablutions avant de pénétrer dans certains lieux.

On croise un enterrement ; le défunt est transporté par une ambulance, transformée en corbillard pour l'occasion ; le cortège est composé uniquement d'hommes et de garçonnets ; ils psalmodient en chœur... Et les femmes ? On pose la question à Moncef ; "elles viennent plus tard ! Jamais de femmes pour les enterrements"...

On s'arrête encore un peu plus loin, une petite demi-heure, dans les souks de Rissani. Ruelles minuscules, bric à brac, boucherie, peausserie, bijoux, dattes, tissus, ... Le souk grouille de monde ; on est à la veille de l'Aït el Kebir, et tout le monde fait ses achats en prévision de la fête. Dommage que l'on n'ait pas plus de temps ; ici, pas de touristes ; c'est véritablement un souk marocain... A l'intérieur d'un stand croulant sous les rouleaux de tissus plus chamarrés les uns que les autres, quatre femmes, voiles noirs de la tête aux pieds, se penchent au-dessus du comptoir, tête contre tête ; on suppose qu'elles examinent des coupons, pour se créer des effets gais et colorés, qu'elles porteront sous leur uniforme de fantôme noir...

A l'extérieur du souk, c'est la cohue des voitures qui se garent au plus près pour embarquer les moutons qui serviront au sacrifice de la fête. D'autres viennent à dos d'âne, assis en amazone.

On reprend la direction de Zagora. Encore des troupeaux de dromadaires, des tentes berbères...

Au bord de la route qui traverse le désert, un panneau signale un virage à droite... Appuyée contre lui, une femme voilée attend, debout, en compagnie d'une autre, assise à ses pieds. En plein soleil, toujours très haut, toujours très chaud...

Nous roulons à vive allure, au rythme des ergs, sur une route mal entretenue -soubresauts, soubresauts !!!- qui traverse un plateau désertique où ne poussent que la rocaille et des billes de terre sèche qui roulent sous les pieds ; parfois, un palmier chétif, un petit troupeau de dromadaires, son berger, des biquettes...

Superbes fossiles dans toute la région. On fait une halte chez Ihmadi Trilobites Center, à Alnif. Il connait bien son sujet et nous explique que les fossiles trouvés ici sont les mêmes que ceux de la montagne noire, en Bretagne !

Sur la devanture de sa boutique, on peut lire : "L'arabe n'a aucune prééminence sur le non arabe, le blanc sur le noir non plus, le seul critère de référence étant la piété". Hadith N.C …

Et toujours l'étendue désertique, collines, montagnes au loin. Désert, désert. Cailloux. Parfois un arbre, bien vert, planté là par hasard, pousse tout droit, mais pas très haut. Une tente berbère au bord de la route ; crème ; carrée...

A la sortie d'un village, sur le désert caillouteux, un cimetière, reconnaissable à ses pierres plantées dans le sens de la hauteur, devant chaque tombe. Le bus nous berce malgré le balancement parfois un peu brusque ; à l'arrière, Patrick s'est endormi dans "la soute à bagages" !

Dehors, sur la route écrasée de soleil, deux djellabas, surmontées d'un turban immaculé, se pressent vers une maison de torchis, robe blanche et robe bleu clair, se détachant sur l'ocre-brun du sol et le bleu du ciel.

15h00 - On déjeune au N'Kob, "village des oasis et 45 kasbah", comme son panneau l'indique.

Assis sur la terrasse, sous une tente berbère, face aux montagnes, à l'oasis en bas de la vallée, aux palmiers, au village sur une butte, nous sommes 4 à déguster un savoureux tagine poulet aux pruneaux-raisins-oignons-amandes, tandis que les autres grognent sur leur brochette de carne...

16h00 - On a repris la route. Toujours le désert de pierres et de terre, entouré de montagnes inhospitalières, où rien ne pousse. Désert, désert!... De temps à autre, perdu au milieu de nulle part, un puits, un troupeau de chèvres noires... Puis soudain, une oasis et ses dizaines de palmiers...

Dans cette "vallée de la mort" façon Maroc, quelques kasbahs en torchis, maisons basses, peu d'ouvertures, perdues là. Maisons habitées ; on ne voit pourtant pas la vie ; ici, l'eau est rare. Même les palmiers ont soif ; tout leur panache est rabougri, jaune paille... Seuls quelques plumeaux verts à leur sommet indiquent qu'ils vivent encore... On aperçoit ici quelques structures de jardin, entourées de galets. Des cultures préparées, sans doute, en attendant la pluie qui fera tout surgir de cette terre ingrate ?

Vallée du Draâ

Entre les palmiers des grands oasis, des champs de luzerne bien verte animent les lieux de leur couleur crue.

A Tinzaline, on longe une rivière. L'oasis est immense ; ici, les dattes sont rouge vif ; c'est très surprenant ! La saison bat son plein ; la cueillette se fait dans de grandes toiles blanches placées sous l’arbre.

Nous approchons maintenant de Zagora. Les femmes, ici, sont habillées en noir ; certaines portent une ceinture de laine de couleurs vives, des pampilles scintillantes, des tissus lamés en voile, passés par-dessus des robes aux couleurs chatoyantes. Il y a une grande diversité dans les vêtements, foulards, etc... C'est très gai, et même souvent très élégant...

Le paysage des montagnes change; la roche est maintenant structurée, carrée ; une montagne cubiste !

Ternata - On domine la plus grande palmeraie du Maroc. Des millions de têtes de palmiers... Une mer de palmiers...

Zagora - Dans les kasbahs, il reste encore de belles portes sculptées dans la terre. On les aperçoit de la route. On ne s’arrête pas ; il est 18h00, et il fait encore 32° sous abri. Trop chaud.

Centre-ville ; ici, la ville est moderne ; c'est un "Gueliz", comme à Marrakech.

On arrive enfin à notre hôtel ; on rêve d'une douche ; on 'colle'.

La « Fibule de Zagora », notre hôtel, est vraiment très chouette ; piscine dans un patio, multiples salons berbères, terrasses, chambres spacieuses, salles de bain à l'allure moderne... Allure, seulement, car l'eau coule en filet, la bonde est bouchée, ... Comme toujours, rien n'est entretenu ; c'est dommage.

On se retrouve tous, ou presque, à barboter dans l'eau froide de la piscine, sous les palmiers du patio. On est bien...

Mercredi 16 octobre

Réveil en fanfare par une armée de motards qui usent et abusent de leur accélérateur, en bas, sur le parking... Il parait qu'ils s'entrainent pour le Dakar... Cela leur donne sans doute l'impression qu'ils ont tous les droits, dont celui de marquer fermement leur présence...

Aujourd'hui, fête du mouton, tout est fermé.

On part aquareller dans la kasbah de Tembrout. Une foule se presse pour aller à la mosquée ; hommes en djellabas blanches, femmes en grandes tenues, robes chamarrées, brillantes, colorées, châles de tulle, voiles de sari... Les sur-robes noires sont brodées de vert et rouge.

Les enfants aussi, sont endimanchés ; robes kitch pour les petites filles, costumes, souvent trop grands, pour les garçons...

C'est l'Aït Adha.

La mosquée se vide soudain, et c'est une foule bigarrée qui envahit l'espace ; puis les moutons sont amenés, pattes liées ; on les traîne, on les pousse, sur un vélo, dans le panier d'un âne, ...

Installés devant la devanture d'un marchand de poterie, à l'entrée de la place, sous un eucalyptus, nous croquons l'espace, les maisons, les arbres. On s'aperçoit soudain que les moutons du sacrifice sont amenés juste derrière nous, de l'autre côté de l'arbre sous lequel nous nous sommes mis à l’ombre... Nous sommes aux premières loges, malheureusement.

Les enfants sont excités ; enfin, pas tous ; un petit pleure ; il ne veut pas que son mouton soit égorgé. Mais la tradition, c'est la tradition. En l'espace d'une demi-heure, une petite dizaine de moutons sont égorgés, gonflés avec une pompe à vélo pour décoller la peau, puis dépecés, tête coupée... Une écœurante odeur âcre se répand sur l'espace, mêlée à l'épouvantable odeur de chair brûlée, lorsque les têtes sont mises à griller sur un feu, à même le sol. Sur une table basse, des femmes nettoient les abats ; des enfants jouent avec la graisse ; ça pue ; ça lève le cœur. On plie ; on fuit...

Un des responsables du village nous propose de visiter la kasbah ; c'est une cité souterraine, sans lumière autre que celle qui passe à l'entrée des tunnels ; l'avantage, c'est de garder la fraîcheur ; mais on n'y voit goutte...

L'activité principale, ici, c'est la poterie ; regroupés en coopérative, ils fabriquent pots, tasses, assiettes, briques, tuiles, dans des tons de vert malachite, plus ou moins clairs. C'est chouette, mais il est déjà midi et demie, et nous n'avons plus le temps de continuer la démonstration, intéressante pourtant ; tour de potier semi-enterré, fours de terre, couleur issue d'un mélange khôl + farine d'orge sans sel + silice ; on obtient un gris qui vire à un beau vert en fin de cuisson... Hélène profite de la démonstration pour demander de lui fabriquer... un œuf !

Après un déjeuner rapide, on part faire l'aquarelle d'un marabout. On n'y restera pas longtemps : une horde d'enfants mal élevés, désagréables, voire, belliqueux, nous perturbent. On plie. L'ambiance est plombée ; les parents ne disent rien, laissent faire... On leur donnerait bien quelques coups de pied aux fesses !

On repart, et on s'arrête à nouveau pour dessiner un deuxième marabout. Changement de décor et d'ambiance sur fond d'oasis ; des ados jouent au foot, et présentent leurs excuses si, par hasard, le ballon roule jusqu'à nous ; d'autres offrent le thé à Mayalen et Mijo, restées devant le bus.

On reste jusqu'à la tombée de la nuit ; soleil couchant sur la montagne de pierre et de terre ; tons de miel doré,... C'est vraiment très beau...

On plie, on part dormir à Tamnougalt. En route, on croise beaucoup de monde, sortis sans doute pour faire la fête. Superbes tenues des femmes ; ça donne envie de les peindre ; ceintures de pompons rouges, tulle scintillant, robes safran, pivoine, fuchsia, hibiscus, violine, mauve, lie de vin, blanches, coquelicot, lilas, orange...

Et toujours, en cours de route, cette nuit orangée par les derniers rayons du soleil, sur laquelle les feuilles des palmiers se détachent, contours nets, comme un dessin d'enfant...

Hôtel sympa, si ce n'est que les sanitaires posent, une fois de plus, problème... Chasse d'eau qui ne se remplit pas, robinet d'eau froide très difficile à ouvrir, fuite du lavabo, et pour nous, d'énormes fourmis qui se logent jusque sous le retour intérieur de la cuvette des toilettes !

L'effort est mis sur la présentation de la salle de restaurant ; ce soir, c'est la fête ; peu de personnel, mais on nous a préparé un somptueux couscous ; table décorée de belles de nuit ; assiettes au décor bleu...

Nicky donne des nouvelles : rentrée seulement aujourd'hui de Marrakech, après que les douaniers de l'aéroport lui aient enlevé son attelle de maintien (poignet cassé en plusieurs endroits) pour "soupçon de drogue" (!!!), elle sera opérée demain à Quimper... Soit, une semaine après son accident. Comme quoi, malgré les assurances rapatriement, tout n'est pas toujours au point !

On termine la journée par quelques chansons, avortées car on n'a pas les paroles, puis tout le monde rejoint sa chambre...

Bonne nuit !

Tamnougalt, 17 octobre 2013

8h00. Tous les Marocains ont fait la fête, cette nuit ; cela explique qu'à cette heure non matinale, le personnel de l'hôtel commence seulement à déverrouiller les portes, et nettoyer le sol de la salle à manger...

Le petit-déjeuner sera servi par petites touches, café, puis lait, puis thé noir, pain et confiture, œufs, enfin, thé à la menthe, à partir de 8h45; le thé menthe n’étant apporté qu’une demi-heure plus tard !...

Enfin, on part travailler dans le vieux village de Tamnougalt ; kasbah du XVI°, multiples portes ravissantes... Travail intéressant où chacun trouve quelque chose à croquer. C'est dans ce village que "Un thé au Sahara" a été tourné...

Devant la mosquée, dans un coin de cour, des mares de sang séché témoignent des sacrifices de la veille...

On déjeune sur place, chez Jacob, dans une ancienne maison aux pièces multiples, en plein cœur de la kasbah ; il y fait bon, malgré une forte température extérieure. L'endroit est charmant, et on prend le temps de travailler un peu sur place. Puis on reprend la route ; on doit être en fin d'après-midi à Ouarzazate.

Image... Un « chibani », djellaba blanche à rayures ocres, sourit de toutes ses dents, qui avancent, écartées, sourire blanc à rayures ocres... Assorti à sa djellaba ; c'est drôle !

La route traverse, sur des kilomètres et des kilomètres, une étendue désertique montagneuse ; quelques arbres apparaissent parfois, rabougris ; des arganiers ?

Les ergs, aux gorges très profondes et tourmentées, sont marqués de strates extraordinaires ; et malgré les quelques palmiers qui poussent, l'oued semble à sec. Montagne, vallée, montagne, vallée... Les strates sont maintenant très franches ; on dirait de petits murets construits par l'homme.

Puis d'un coup, les montagnes s'adoucissent, les strates disparaissent ; on approche de Ouarzazate ; d'ailleurs, les reliefs sont bientôt recouverts de détritus imputrescibles, sacs en plastique, bouteilles …

Ici, par de Z.I ou de ZAC pour annoncer les faubourgs de la ville ; juste les immondices qui entourent la cité.

Marrakech, 18 octobre 2013

Avant de quitter Ouarzazate, on part faire un tour dans la kasbah ; balade, marchandage, croquis...

Un déjeuner rapide mais délicieux, chez Sabine, devant la porte de la kasbah ; on nous installe des tables à l'ombre, et sur fond de musique orientale très dansante, on déguste une excellente entrée à l'aubergine, suivie de l'incontournable tajine poulet citron -un régal !-, puis d'un thé à la menthe et petits gâteaux...

Sur la route du Tichka, on croise et recroise les voitures du "rallye des sables"...

Le Tichka est toujours aussi désert ; ses pentes sont recouvertes de pierres et de terre, d'une couleur gris-vert ; troupeaux de chèvres et de moutons, qui broutent les rares buissons épineux nains qui résistent ici ; parfois, après une série de virages, le bas-côté s'élargit pour permettre à une grosse voiture ou un petit bus de se garer ; et là, ça ne manque pas : des grappes de gamins et ados sont postés là, attendant le touriste pour lui proposer, avec insistance, des pierres, souvent de fausses géodes dans lesquelles ils versent un colorant.

Enfin, au moins proposent-ils quelque chose ; cela change des enfants de la région de Merzouga : "donne-moi ton crayon, donne-moi ta gomme, donne-moi un dirham, comment tu t'appelles, donne-moi un crayon, donne-moi ta gomme, donne-moi...", une litanie sans fin qu'ils ont dû apprendre par cœur, chaque gamin assénant les mêmes réclamations...

Le Tichka passé, retour de la végétation ; l'oued qui passe en bas est -presque- en eau. Des figuiers de Barbarie, couverts de fruits rouges, bordent la route ; on aperçoit du linge qui sèche, étalé sur des rochers, taches de couleur sur le gris de la terre ; et les bourriquots sont à nouveau présents, le plus souvent, portant un homme sur le dos...

ll est 18h00. La lumière du soir est dorée ; il fait encore chaud ; tout le monde est dehors, sur le pas de sa porte, assis sur le trottoir, discutant au bord de la route...Robes, foulards, djellabas de toutes les couleurs pour les femmes, blanches unies ou rayées d'ocre pour les hommes.

A 60 km de Marrakech, la circulation devient soudain plus dense. A nouveau, le long de la route, palmiers et roseaux.

On double maintenant de plus en plus de carrossa, chargées de femmes et d'enfants, tirées par un vélomoteur que l'Homme conduit.

19h15 On entre dans Marrakech ; il y a là le marché du soir, à la porte Ormade. Ça grouille de monde, qui passe, traverse, discute, va et vient, dans un beau désordre et en tous sens, sans se préoccuper le moins du monde de la circulation. Ânes, vélos sans lumières et vélomoteurs participent à ce tohu-bohu bruyant.

Nous entrons dans le Riad Gallia avec soulagement : situé au fond d’une ruelle, il est un peu à l'écart du bruit de la ville.

Patio agréablement arboré... Un air de "campagne' à la ville !

La journée se termine au restaurant italien. Retour à la case départ ; la boucle est fermée !

Samedi 19 octobre - Marrakech, dernier jour...

Après un petit-déjeuner tardif -les Marocains ne sont pas pressés !-, séance dessin-aquarelle au Palais de la Bahia. Dur, dur, car le défilé incessant des touristes qui arrivent par grappes, perturbe...

Déjeuner à L'Alhambra, sur la place Jemaa-el-Fna ; noter le nom du restau, afin de ne pas y revenir !!!

Après-midi shopping et hammam berbère...

Dernière réunion du groupe avec "Ali Baba", avant de terminer par une soirée tous ensemble... Révision des "trucs et astuces" du bon dessinateur aquarelliste ; comment rattraper un dessin "perturbé", les ombres, les couleurs...

Echange d'e-mails, téléphone,...

Le dîner de ce soir a clôturé en beauté ce merveilleux voyage qui a allié découverte du Sud marocain, et dessin-aquarelle. La gentillesse et la patience de Charles et Mijo, leur connaissance du Maroc et des lieux typiques, pittoresques ou féériques, ont fait de ce séjour bien plus qu'un stage...

Le groupe a superbement fonctionné et nous avons hâte de tous nous retrouver pour des aquarelles en Bretagne, Pays Basque, ...

Alors, ce soir, ce dernier repas pris tous ensemble a pris des allures de mille et une nuit... Charles et Mijo avaient réservé au Ksar El Hamra...., un vrai palais, riad aux fontaines, palmiers, bougainvillées, mosaïques, stuc sculpté, coussins, salons, portes en arcades découpées, comme à la Bahia... Assiettes fines, verres ballon, très grande table ronde où nous tenions tous, sièges confortables... Le luxe, après quelques tablées pittoresques mais moins chic...

Et rien n'a été oublié : cadeau souvenir pour chacun de nous (pashmina accompagné d'une carte représentant une aquarelle de Charles, toutes différentes), musiciens, et, pour le plus grand plaisir de ces messieurs, une danseuse orientale...

Difficile de se dire que c'est déjà terminé. On se quitte un peu surpris que demain matin, déjà, on ira chacun de son côté...

Et parmi tous les acquis, nous avons appris à … faire tenir un œuf debout sur une assiette plate !

Maroc 2013
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Carnet de voyage - Maroc octobre 2013
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